Protection solaire et volets : ce que les données DPE révèlent | U.R.B.S.

La protection solaire laissée pour compte : ce que les données DPE révèlent

Publié le 22 juin 2026 · Analyse · DPE · Confort d'été

DPE Observatoire National des Bâtiments Confort d'été Canicule France métropolitaine Parc résidentiel
20 %
des maisons construites avant 1975 ont des fermetures sur toutes leurs fenêtres
26 % pour les maisons récentes
15 %
des appartements anciens n'ont aucune fermeture
volet, store ou équivalent
96 %
des appartements récents ont du vitrage isolant (double, triple ou survitrage)
61 % dans les maisons anciennes
65 %
des appartements récents ont des fermetures sur toutes les fenêtres
vs 44 % dans les appartements anciens

Fermer ses volets contre la canicule… encore faut-il en avoir. On imagine que c'est acquis. Ça ne l'est pas.

D'après les données DPE analysées par l'Observatoire National des Bâtiments, le vitrage isolant s'est généralisé dans le parc résidentiel français — le volet, non. Ce déséquilibre constitue un angle mort des politiques de rénovation, alors que les épisodes caniculaires se multiplient.

Infographie — Part protégée de la surface des fenêtres par type de logement et période de construction — DPE depuis 2021, France métropolitaine — U.R.B.S.
Part des logements disposant d'une protection solaire sur l'ensemble de leurs fenêtres, par type de bâtiment et période de construction · DPE réalisés depuis 2021, France métropolitaine · U.R.B.S. — Observatoire National des Bâtiments

Ce que disent les données DPE

L'analyse des diagnostics de performance énergétique réalisés depuis 2021 sur l'ensemble de la France métropolitaine permet de distinguer deux indicateurs complémentaires : le type de vitrage (simple, double ou triple vitrage, survitrage) et les fermetures (volets, stores ou équivalents). Deux dimensions d'un même logement — l'une mesure l'isolation hivernale, l'autre la protection contre la chaleur estivale.

Vitrage isolant
Maisons < 197561 %
Maisons > 197592 %
Apparts < 197584 %
Apparts > 197596 %
Fermetures (toutes fenêtres)
Maisons < 197520 %
Maisons > 197526 %
Apparts < 197544 %
Apparts > 197565 %

Le contraste est saisissant. Sur les maisons, la progression entre les deux périodes de construction est quasi nulle en matière de fermetures : 6 points d'écart entre les maisons anciennes et récentes (20 % vs 26 %), contre 31 points pour le vitrage (61 % vs 92 %). Le volet n'a pas suivi la dynamique de modernisation qu'a connue le vitrage.

Deux trajectoires de rénovation qui ne progressent pas au même rythme

Ce décalage n'est pas le fruit du hasard. Le changement de fenêtre est devenu depuis des décennies un geste quasi-automatique dans toute rénovation sérieuse : filière industrielle structurée, offre standardisée, aides publiques clairement fléchées (CEE, crédits d'impôt successifs, MaPrimeRénov'). Le vitrage isolant est aujourd'hui une évidence.

La protection solaire obéit à une logique radicalement différente. Dans les copropriétés, toute modification de façade suppose un vote en assemblée générale — et souvent un accord de l'architecte des bâtiments de France pour les immeubles en zone protégée. En maison individuelle, les contraintes de PLU ou d'abords de monuments historiques peuvent bloquer l'installation. Et même hors contrainte réglementaire, la fermeture solaire reste rarement au cœur des programmes de rénovation : peu d'aides dédiées, peu de communication ciblée, peu de prise en compte systématique dans les audits.

Un angle mort des politiques de confort d'été

Les épisodes caniculaires se multiplient et s'intensifient. La réglementation thermique RE2020 intègre désormais des indicateurs de confort d'été comme le DH (degrés-heures d'inconfort). Pourtant, les politiques publiques de rénovation restent largement focalisées sur la performance hivernale — isolation des murs, des combles, des planchers, remplacement des systèmes de chauffage.

Le confort d'été par occultation solaire demeure un parent pauvre : peu de financements dédiés, peu d'accompagnement à la prescription, peu de visibilité dans les dispositifs de rénovation. Les données DPE montrent que cette lacune n'est pas marginale : elle concerne la grande majorité du parc résidentiel — et en particulier les maisons, qu'elles soient anciennes ou récentes.

Ce que ces données permettent de faire

Disposer de cette information à l'échelle du parc — par commune, par EPCI, par type de bâtiment, par période de construction — change la nature des diagnostics possibles. On peut localiser les territoires où la vulnérabilité estivale du bâti est la plus forte, identifier les segments de parc prioritaires, et construire des politiques d'accompagnement ciblées.

Pour les collectivités et acteurs publics
  • Identifier les zones de vulnérabilité estivale : croiser l'absence de protection solaire avec les données climatiques (îlots de chaleur urbains, exposition) pour prioriser les actions de sensibilisation et d'accompagnement.
  • Cibler les programmes de rénovation : intégrer la protection solaire dans les OPAH, les PIG et les dispositifs d'accompagnement à la rénovation, à partir d'un diagnostic territorial objectivé.
Pour les professionnels de la rénovation
  • Détecter les gisements d'intervention : repérer les logements sans fermetures sur tout ou partie des fenêtres pour orienter les démarches commerciales ou de conseil.
  • Compléter l'audit énergétique : la protection solaire est une composante du confort d'été souvent sous-évaluée dans les recommandations de travaux, alors qu'elle représente un levier d'efficacité rapide et accessible.

C'est précisément l'un des usages de l'Observatoire National des Bâtiments : croiser les caractéristiques physiques des bâtiments avec les contextes territoriaux pour affiner les politiques publiques locales et les stratégies d'intervention.

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